1) Nombreux sont ceux qui, au cours de l'Histoire, consacrèrent leur vie à la réforme socio-religieuse de leurs peuples; nous en rencontrons à toutes les époques et dans tous les pays. Dans l'Inde il y a ceux qui ont reçu la révélation des Véda, et il y a le grand Bouddha; la Chine a son Confucius; l'Iran a celui qui lui transmit l'Avesta. La Babylonie a produit un des plus grands réformateurs, Abraham (pour ne pas parler d'Enoch et de Noé, ses ancêtres, dont nous n'avons que de maigres souvenirs). Le peuple Juif peut à juste titre être fier d'une longue série de réformateurs Moïse, Samuel, David, Salomon, Jésus... entre autres.
2) Deux points sont à noter : en général, ces réformateurs se sont réclamés d'une mission divine; et les Livres Saints, les codes de conduite humaine qu'ils ont donnés à leurs peuples, sont considérés comme des ouvrages Inspirés, comme des révélations faites par Dieu notre Seigneur. En second lieu des guerres fratricides, responsables de massacres, de génocides, ont causé la destruction plus ou moins complète de ces Messages divins. On ne connaît que de nom le Livre d'Abraham. On sait la destruction à plusieurs reprises, et la restauration partielle des Livres de Moise.
3) A en juger par les traces les plus anciennes de l'homo sapiens, l'homme a toujours eu conscience de l'existence d'un être suprême, Seigneur et Créateur de tous. Les moyens ont pu varier, mais les hommes de toutes les époques ont également essayé de témoigner de leur obéissance à Dieu de leur volonté d'accomplir leur devoir envers Lui. De même, on a toujours admis la possibilité d'une communication directe avec le Dieu omniprésent et invisible, pour un très petit nombre d'hommes, esprits nobles et élevés; - qu'ils aient été des incarnations de la divinité, ou seulement chargés de la mission divine de guider leurs peuples selon les messagers divins reçus par eux, dans l'inspiration ou la révélation. Chaque system de la pensée métaphysique. Chaque religion a ses termes, ses interprétations. et il va de soi que certaines interprétations et certaines explications tiennent mieux que d'autres, devant la raison.
4) Nous sommes à la fin du VIème siècle après la naissance de Jésus Christ. A cette époque, il y a des religions qui en toute bonne foi se déclarent réservées à certaines races, à certains groupes d'hommes. laissant le reste de l'humanité sans recours contre le mal qui le frappe. D'autres religions se réclament, certes, d'universalité. mais elles placent le salut de l'homme dans la renonciation au monde, ce qui fait d'elles une sorte de religion des élites, accessibles à un nombre d'hommes très restreint. Dans d'autres pays enfin, l'incroyance, le matérialisme. l'absence de toute religion. font que l'on ne pence qu'a ses plaisirs. sans tenir aucun compte des droits d'autrui.
L'Arabie
5) Sur la carte de l'hémisphère "majeur" (celui qui a plus de terre que de mer, celui de l'ancien monde. Europe-Asie-Afrique, la péninsule Arabique se trouve au centre. Immense continent désertique, elle avait une population comprenant à la fois, des sédentaires et des nomades, souvent membres des mêmes tribus, conservant des liens de parenté, tout en ayant différents modes de vie. Les moyens de subsistance y étaient très médiocres, a cause de la place occupée par le désert; le négoce était plus important que l'agriculture ou l'industrie; on voyageait donc beaucoup, on se rendait même hors de l'Arabie en Syrie, en Egypte, en Abyssinie, en Iraq et dans l'inde.
6) On ne connaît pas grande chose des Lihyânites de l'Arabie centrale, mais le Yémen avait, à juste titre, été appelé "l'Arabie Heureuse", après avoir connu les florissantes civilisations de Saba et de Ma'în, avant même la fondation de la cité de Rome, et capable plus tard d'arracher des provinces aux Byzantins et aux Perses, le Yémen était alors déchiré entre d'innombrables principautés, et subissait, d'autre part, l'occupation sassanide. L'Est de la péninsule appartenait également aux rois de Perse, mais le chaos politico-social à Ctésiphon (Madâïn) ne pouvait que se refléter dans toutes les provinces. Le Nord de l'Arabie, sous les Byzantins, ne différait pas beaucoup des possessions persanes. Le Centre de l'Arabie était resté à l'abri de la démoralisante occupation étrangère.
7) Dans ce Centre, le triangle La Mecque - Tâïf - Médine avait quelque chose de providentiel: la Mecque, désertique, dépourvue de toute agriculture, représentait physiquement l'Afrique et son Sahara brûlant; à soixante-quinze kilomètres de là, à peine, Tâïf représentait l'Europe et ses gelées; le point Nord. Médine, n'était pas moins fertile que les régions asiatiques les plus douces de la Syrie ou autres. Si les climats ont une influence quelconque sur les caractères humains, ce triangle au milieu de l'hémisphère majeur, était plus représentatif du globe tout entier, que n'importe quelle autre région de la terre, une miniature du monde dans toute sa diversité. Descendant d'Abraham (Babylonien) par Hager (Egyptienne), Mohammed était un Mecquois et avait des oncles maternels à la fois à Médine et à Tâïf.
Religion
8) Du point de vue religieux, l'Arabie était idolâtre; rares étaient ceux qui avaient embrassé des religions telles que Christianisme, Mazdéiisme, etc... Les Mecquois avait la notion d'un Dieu unique, mais ils faisaient intercéder les idoles auprès de Lui, et chose assez curieuse, ne croyaient ni à la résurrection, ni à la vie de l'au-delà. Ils avaient conservé le pélerinage de la Maison du Dieu unique, "la Kaâba", institution remontant à leur ancêtre Abraham, mais les deux mille ans qui les séparaient d'Abraham avaient fait dégénérer ce pélerinage en une foire commerciale, une idolâtrie sordide sans la moindre influence sur le comportement individuel, tant social que spirituel.
Société
9) Des trois points du triangle, la Mecque, malgré sa pauvreté en ressources naturelles, était la plus développée: elle seule constituait une cité-état, dirigée par un conseil de dix chefs héréditaires, avec division des pouvoirs (un ministre des affaires étrangères un ministre gardien du temple, un ministre des oracles, un autre gardien des offrandes au temple, un autre pour déterminer le montant des dommages à payer à l'occasion d'un préjudice, un autre gardien du bâtiment du conseil municipal, ou parlement, qui approuvait les décisions du conseil des ministres, d'autres pour les questions militaires, telles que le drapeau, la direction de la cavalerie, etc). Bons caravaniers, les Mecquois avaient su obtenir des empires voisins (Iran, Byzance, Abyssînle, sans parler des tribus dont Ils traversaient le territoire en transit) l'autorisation de se rendre dans ces pays et de s'y occuper d'import-export. Ils fournissaient aussi des escortes aux étrangers pour traverser les territoires des tribus alliées de l'Arabie. Sans se servir beaucoup de la rédaction par écrit, ils s'intéressaient grandement aux arts et aux lettres: poésie, éloquence, contes de veillées. La femme était en général bien traitée: elle avait le droit de posséder des biens à son propre compte, elle donnait son consentement au mariage, elle pouvait, lors du mariage, contracter le droit de divorce, elle se remariait après le divorce ou après la mort de son époux, etc.; il y eut bien la pratique d'enterrer vivantes les filles en bas âge, mais c'était le fait de certaines classes, et les cas fûrent plutôt rares.
La naissance du Prophète
10) C'est dans ce milieu que naquit Mohamet (se prononce Mohammed) en l'an 569 Après Jésus-Christ. Son père, Abdallah était mort quelques semaines auparavant; c'est son grand père qui le pris à sa charge. Selon les coutumes, la mère remit le bébé à une nourrice bédouine, chez laquelle il passa dans la désert plusieurs années. Les biographes sont unanimes à signaler qu'il tétait à un seul sain de sa nourrice, laissant l'autre à son frère de lait. A peine fut-il rentré à la maison que sa mère, Aminah, l'amena chez ses oncles maternels à Médine, pour visiter le tombeau d'Abdallah, mais sur le chemin du retour, elle rendit le dernier soupir. Peu de temps après, le vieux grand-père décéda également. A l'âge de huit ans, ayant déjà connu tant de douleurs, il résida avec son oncle, Abou-Tâlib. Les qualités de cour de celui-ci étaient limitées par la charge d'une nombreuse famille et peu de ressources.
11) Le jeune Mohamet dut aussitôt travailler pour gagner sa vie il faisait paître les troupeaux de certains voisins. Dès l'âge de dix ans, il accompagna son oncle en Syrie, lorsque celui-ci y mena une caravane. On ne mentionne pas d'autres voyages d'Abou-Tâlib, mais d'après certaines références, Il aurait tenu boutique à la Mecque; il se peut que Mohammed ait aidé son oncle à gérer ce commerce.
12) Mohammed avait 25 ans; son honnêteté était connue par tous, Une riche veuve mecquoise, Khadijah, lui confia alors ses marchandises pour les vendrent en Syrie. Enchantée des profits extraordinaires réalisés et séduite par les charmes personnels de Mohammed, elle s'offrit à lui (elle était âgée de 28 ans, ou, selon d'autres, de 40; les raisons physiologico-gynécologiques inclinent en faveur du premier chiffre, puisqu'elle a donné encore naissance à 7 enfants), et l'épousa pour avoir une heureuse vie conjugale. Par la suite, on le voit quelquefois à la foire de Hubâchah (au Yémen) et une fois dans le pays des Abdai-Qais (Bahrayn - Oman) (comme nous le mentionne lbn Hanbal). Il y a tout lieu de croire qu'il s'agît là de la grande foire de Dabâ, où, d'après lbn al-Kalbîy, les marchands de la Chine, de l'inde, du Sind, de la Perse, de l'Est et de l'Ouest, se rendaient chaque année, par mer comme par terre. On parle également d'un certain Mecquois, Sâïb, lequel était, dans le commerce, associé de Mohamet; les deux associés allaient, à tour de rôle, vendre les marchandises à l'étranger. A ce propos, Sâîb déclara : quand Mohammed revenait avec la caravane, il ne rentrait pas chez lui avant de me rendre compte de mes affaires: et Si c'était moi qui revenais à la Mecque, Il me demandait uniquement des nouvelles de me santé. Un ordre de chevalerie.
13) Les commerçants étrangers apportaient souvent leurs marchandises à vendre à la Mecque. Un jour, un certain Yéménite (de la tribu Zabîd) composa un poème satirique, contre les Mecquois, parce que certains ne lui payaient pas le prix de ses ventes, et qu'aucun des autres ne lui venait en aide. Zubair, oncle et chef de la Tribu du Prophète, ressentit de vifs remords à cette satire justifiée. En commun avec certains autres chefs de la vile, on convoqua une réunion de volontaires pour établir un ordre de chevalerie (appelé hilf alfudoul) en vue d'aider tout opprimé dans La Mecque, qu'il soit citoyen ou étranger à la ville Mohammed, jeune homme, y avait adhéré avec enthousiasme, et il disait souvent plus tard: " j'y ai participé, et je ne suis pas prêt de renoncer à cet honneur, même pour tout un troupeau de chameaux; au contraire, Si quelqu'un faisait appel à moi, même aujourd'hui encore au nom de cet ordre, je courrais à son aide.
Prise de conscience religieuse :
14) On ne sait pas grand chose sur la pratique religieuse de Mohammed jusqu'à l'âge de 35 ans, sinon que, selon l'affirmation de ses biographes. il n'avait jamais adoré les idoles. Rappelons qu'il y avait plusieurs Mecquois qui agissaient de même, et qui s'étaient révoltés contre le paganisme insensé, tout en restant fidèles à la Kaabah, maison dédiée par Abraham au Dieu Unique.
15) Vers l'an 605 après Jésus-Christ, les rideaux qui couvraient l'extérieur du Temple prirent feu; le bâtiment ainsi affaibli ne put résister aux pluies torrentielles qui suivirent: tout fut démoli. On reconstruisit bientôt le temple les citoyens y contribuèrent, chacun selon ses moyens, prenant soin de n'accepter que les sommes honnêtement gagnées. Tout le monde y travailla comme maçon, y compris Mohammed, qui se blessa les épaules en transportant des pierres. Pour marquer le départ des processions rituelles autour de la Kaaba, le bâtiment comportait la pierre noire. Quand on en vint à remettre on place cette pierre vénérée, une grande discussion s'éleva parmi les citoyens qui en aurait l'honneur? On était sur le point de tirer l'épée, quand quelqu'un suggéra de remettre l'arbitrage à la providence on convint que le premier qui surviendrait déciderait. Tout à coup, Mohammed apparut, il venait travailler là comme d'habitude. Il était connu sous le surnom d'al-Amîn (l'honnête); on l'accepta comme arbitre sans hésitation. Mohammed étendit sa houppelande sur le sol, y plaça la pierre noire, appela les chefs de toutes les tribus de la ville pour soulever la pierre par l'étoffe, et il posa lui-même la pierre dans l'angle voulu. Tout le monde en fut satisfait.
16) C'est dès ce moment que nous trouvons chez Mohammed des méditations spirituelles. Comme son grand-père, il commença à se retirer pendant tout le mois de Ramadan dans une grotte de Jabal an-Nour (Montagne de lumière), la grotte s'appelant Ghar Hiraa (caverne de recherche); il y priait, il méditait, il partageait ses maigres provisions avec ceux des voyageurs qui passaient par là.
Révélation :
17) Il avait quarante ans, et c'était la cinquième année de ses retraites annuelles. Vers la fin du mois, il reçut la visite d'un ange (Gabriel). Il lui dit: Lis; Mohammed répond: je ne sais pas lire, l'ange reprend: lis; Mohammed repond de la même sorte : je ne sais pas lire, c'est au bout de la troisième fois que que l'ange dit les premieres verset du Coran: Lis au nom de ton Seigneur qui a créé 2.Qui a créé l'homme d'un caillot de sang. 3.Lis ! car ton Seigneur, le Très Noble, 4.C'est Lui qui a enseigné par la plume [le calame], 5.Il a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas (Coran, 96: 1-5.) * L'ange lui annonça que Dieu l'avait choisi comme Son messager et envoyé auprès des hommes; il lui apprit les ablutions et la façon d'adorer Dieu, la prière, et il lui communiqua le message divin que voici.
18) Emu, il rentra chez lui, et raconta à sa femme ce qu'il venait d'éprouver; il exprima ses craintes que ce ne fût là que quelque diablerie ou quelque emprise de mauvais esprits. Elle le consola en disant qu'il avait toujours été charitable et généreux, aidant les pauvres, les orphelins, les veuves et tous ceux qui avaient besoin d'aide, et que Dieu le protégerait donc contre tout mal.
19) Puis, trois années passèrent, sans révélations nouvelles Ce dut être, pour Mohammed, après le choc du début, un certain calme, et puis un désir, une attente, une impatience toujours croissante... Cependant, la nouvelle s'étant ébruitée, les sceptiques mesquins se moquèrent de lui, et se permirent d'amères plaisanteries, allant jusqu'à le railler que Dieu l'avait abandonné.
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